autointerview

 

Tu devrais écrire de ce qui pousse les gens à vouloir lire et sentir raconter des  histoires. Comme Simenon, tu devrais écrire de la vie ordinaire des gens ordinaires.

Seulement à travers les histoires la vie peut être expliquée, expliquer ce que le cas et le destin ont a faire avec les gens. En général, on peut seulement affirmer : oui, c’est exactement comme ça que cela c’est passé.  (…) Nous sommes incapables de vivre sans histoires; sans eux, la vie est un flux indifférent, déjà, avec grande peine nous distinguons un jour d’un autre. La vie même est pleine d'histoires.

 

                                                       Hannah Arendt, «Lettre à Mary McCarthy»

                                                                                 (libre traduction)

 

           

AUTO INTERVIEW

 

 

D.:       Est-ce que je raconte des histoires vraies ou inventées?

R.:       Les histoires ne sont jamais tout à fait inventées, même pas les plus invraisemblables et fantastiques.
La plupart du temps, je raconte des histoires vraies et documentées.

 

D.:       Ces histoires sont tristes ou amusantes?

R.:       Il y a l'un et l'autre.
Mais, attention, il ne faut jamais trop se fier des apparences; qui raconte a le pouvoir féroce de désacraliser le contenu de ces histoires, (on ne jure pas sur la bonne paix des auteurs).

 

D.:       Les histoires sont-elles anciennes ou actuelles?

R.:       L'un et l'autre, le narrateur fait de son mieux pour établir un pont affectif entre les deux afin de les faire apparaître actuelles. 

 

D.:       Mais, à quoi servent ces histoires ?

R.:       Nous vivons dans une époque caractérisée par la rapidité des transformations et changements,  un  tourbillon qui n'épargne même pas le vocabulaire. Les mots sont séparés de leur définition, ce qui ne manque pas de provoquer désordre et distorsion dans l'interprétation des faits du monde; modifie les rapports sociaux et l'organisation de notre vivre quotidien.

            Les histoires aident donc à récupérer la mémoire, le sens des paroles, parce que on y appelle celui qui tue, assassin; celui qui vol, voleur;  celui qui roule les gens, charlatan; ceux qui font feu sur le peuple, les mauvais; les grandes foules qui réclament leurs droits; les Bons; la Paix ne se porte pas avec la guerre mais avec la justice sociale;  … si le roi est nu, qui ose le lui dire?

 

D.:       Alors ce sont des histoires à fond politique?

R.:       Mah … pas plus que ce qui lie les hamburgers de McDonalds à une Coca Cola, aux discothèques ou à la publicité qui déclame: "achète aujourd'hui ce que tu désires et n'y pense plus, … tu payeras dans trois ans".  

 

 

Si le grand-père ne raconte plus

et le neveu n’écoute plus,

le fil de la vie se brise

(Proverbe du Friuli)

 

 

 

plairait

 

IL ME PLAIRAIT DIRE :
"JE SUIS UN CONTEUR DE RUE"

 

Organisation et méthodologie d'un conteur de rue avec l'orgue de Barbarie

  

de Gianni  -  GIANGILI  -  Gili

 

 

 

1. S'INTERROGER

 

1a. Pourquoi je fais le fais ?

 

À l'époque des lumières et paillettes, des beaux corps et des effets sonores, des relations virtuelles et de l'envoûtement pour l'artificiel …

 

Je ne sais pas chanter, je ne joue aucun instrument de musique, ma mère m'a fait croire que les chanteurs de rue étaient des vagabonds qui ne voulaient pas travailler. J'ai une petite pension qui suffit à peine à me faire vivre, donc, je ne devrais pas la dépenser sans avoir un retour. Mais alors, pourquoi est-ce que je fais le conteur de rue ? Pourquoi, je vais dans la rue à entretenir ou arrêter les gens pour échanger quelques paroles avec eux ?

 

Peut-être parce que le temps qui me reste est plutôt réduit et, comme dit Danny Bootmann T.D "Lemon" appelé "900", pianiste de génie sur l'Océan: "Tu n'es pas vraiment fichu tant que tu as de côté une bonne histoire et quelqu'un à qui la raconter… moi, toi et vous, êtes ma bonne histoire" ("Novecento" d'Alessandro Baricco – Ed. Feltrinelli).

 

Les racines de mon amour pour la musique et les récits populaires remontent à ma première enfance, lorsque grand-maman Rosalie m'incitait avec "Daghela avanti un passo" à faire mes premiers pas dans ce monde; refrain extrait de la "Bella Gigogin", chanson du Risorgimento que déjà sa mère lui chantait pour l'inciter à marcher, et là, je parle de la deuxième moitié du 18° siècle.

 

Grand-maman Rosalia m'a raconté la première histoire de ma vie, dont la signification est similaire à celle de "Novecento" de Baricco: "Il y avait une fois un roi qui demandait à sa servante de lui raconter une histoire et, la servante, commence : "Il y avait une fois un roi qui disait à sa servante, raconte-moi une histoire…" et elle racontait la plus extraordinaire histoire de sa vie et de son roi: un roi qui demande une histoire à sa servante et la servante qui, grâce à son histoire, le tient en son pouvoir. (Nouvelles Shéhérazade!)

 

 

1.b  COMMENT DEFINIR CE QUE JE FAIS ?

 

J'ai essayé de me donner un nom et une définition à ce que je fais.

un itinérant/

qui entretient/

lui-même et les autres/

avec la narration/

et musique à vive voix/

et une forte composante relationnelle.

 

Il me plairait dire, je suis un conteur de rue.

 

 

1.c   JE NE SUIS JAMAIS SEUL

 

Mon vécu m'accompagne partout. C'est comme ça : je ne peux jamais m'en libérer!

 

Non seulement m'accompagnent les "rencontres extraordinaires" de la vie, mais aussi les "ordinaires" celles, qui peu à peu, se transforment en "extraordinaires, comme par exemple:

- le parrain avec le violon

- la maman avec le mandoline

- le maître qui me faisait devenir muet

- le chien de l'accordéoniste aveugle

- l'ambulant avec la perruche

- "Madame" Rolfo et les chansons de Sanremo

- les "guitares contre la guerre du Viet Nam, de Della Mea, Ciarchi,   Bertelli, Jo Garceau, Fasot Amodei, Michele Straniero, I Cantambanchi

- le Folk Festival de Turin

- Daffini avec Carpi, Balistreri, Mantovani, Bueno, Marini

- Nonò Salomone devant la Fabrique en lutte, Franco Trincale, avec les affiches, à manifester sur la Place a Milan

- Gerry Mulligan, Stan Getz, Chet Barker, Duke Ellington, Ella Fitzgerald, Louis Armstrong (que je n'ai pu voir à cause d'une angine).

 

Aussi les traditions familiales m'accompagnent : l'image graphique et les deux grands-pères typographes, papa photographe, les dessins de maman, grand-maman couturière, mes dix ans de peintre et une brève expérience d'auteur à la télévision.

 

M'accompagne l'expérience syndicale qui est "écoute et voisinage" avec le quotidien, la fatigue de vivre et les luttes pour le changement. Mais, c'est aussi l'effort quotidien de situer le particulier dans un contexte historique général et vice versa.

 

M'accompagnent aussi les recherches et expérimentations sur les formes et instruments de communication : tracts (du mouvement ouvrier), affiches, placards du 1er Mai (c'est à dire, voir comment rendre graphiquement visible l'utopie du changement) murales, dazibao, théâtre de rue.

 

M'accompagnent les histoires de la vie des gens simples que l'on m'a racontées au cours d'écriture autobiographique.

 

M'accompagnent les lieux que j'ai fréquentés.

L'histoire de mon temps mais aussi celle du passé.

Il y a encore tant d'autres que je n'arrive moi-même pas encore à imaginer : mais pour le conteur de rue, l'important est de savoir qu'il y a encore autre chose à raconter!

 

 

1d. CONTEUR DE RUE COMME AUTO-THÉRAPIE

 

J'utilise les dons reçus et les ressources accumulées au cours des années, je fais de nouveaux investissements.

 

Je remplis des vides, je soigne des blessures, j'allume des lumières.

 

Avec la musique mécanique moi aussi je crée de la musique et je rachète ainsi la frustration de chanter faux.

 

Je m'exprime créativement. Je recherche, j'apprends, j'expérimente. J'utilise mes expériences passées. Je maintiens l'habitude au rapport direct avec les gens.

 

Je retourne au jeu et à l'enfance, en maintenant vif l'enfant qui est en moi, je retourne aux souvenirs d'alors avec papa, maman, grand-mère, les amis du jardin, les films de la paroisse et je fouille dans tous les autres souvenirs de l'âge d'or, même ceux qui alors étaient désagréables.

 

Raconter est un moyen de mettre de l'ordre dans ma vie et cela me permet de la rendre racontable : déjà, d'abord à moi-même.

Je raconte et je me raconte.

 

Depuis longtemps, plus personne ne me raconte une histoire. C'est pourquoi, je me les raconte à moi-même et j'écoute ce que je me raconte. Ainsi j'ai découvert que, lorsque je parle de moi, je parle aussi beaucoup des autres. Cela qui fait que l'on se sent moins seul.

 

Mes récits, même les plus fantastiques, se situent dans un espace et temps défini, bien que, ni lieu ni époque, y soient indiqués avec précision. Une phrase comme : "Il y avait une fois dans un pays lointain …" nous renvoie à un temps qui n'existe plus, où tout disparaît, même les protagonistes, mais non les souvenirs et la mémoire des émotions.

 

Raconter des histoires, surtout des histoires réelles, aide à cueillir le passage des époques, de s'identifier à un temps historique et accepter que la vie des hommes et des choses n'est pas éternelle. Cela aide à accepter sa propre fin et de s'en faire une raison. Aide à se détacher des choses tout en maintenant la conscience de ne pas avoir jeté notre vie aux quatre vents.

 

Raconter, aide à apprendre à laisser aller les choses, à faire cadeau du précieux qui s'est accumulé en nous. Justement, ce sont des histoires pour expliquer le monde ! Expliquer le sens des événements.

 

 

 

2. LE TRAVAIL

 

2a.  INSTRUMENTS ET LANGAGE

 

J'attire la curiosité du public avec les effets visuels et l'ouïe. J'utilise :

 

- l'orgue de barbarie et ses cartons perforés, sa structure mécanique et sa sonorité un peu désuète;

 

- l'avant-scène de grand impact décoratif; (un panneau exposé devant l'orgue, similaire à la structure qui encadre l'externe de la scène d'un théâtre). Au centre, elle est perforée afin de permettre une meilleure diffusion du son. Elle est remplaçable pour l'adapter aux différents genres de spectacles. Par exemple à : la femme assise avec le chien Nipper; l'emblème des éditions musicales de "La voce del Padrone"; une cave de jazz; une scène de Noël; la bête de Gévaudan; une mère junonienne; une salle de cinéma;

- une poussette d'enfant repliable, pour soutenir et déplacer l'orgue, décorée avec des bandes multicolores et des grelots qui rappellent les ménestrels médiévaux;

-  des affiches spectaculaires sur supports pliables;

- de grandes valises contenant les cartons perforés;

- le Kamishibai, le petit théâtre japonais, que je fixe sur l'orgue lorsque je  raconte les histoires aux enfants;

- des tables illustrées pour le théâtre kamishibai;

- une scène de fond (lorsqu'il y a la possibilité de la suspendre);

- une grande toile posée parterre pour délimiter une zone relationnelle plus intime, équipée de petits tapis où les auditeurs peuvent s'asseoir;

- pour les spectacles des enfants: objets de scène comme: bouquets de fleurs, lumières colorées, objets bruyants, feux d'artifices, bulles de savon et confettis, poupées, photographies…;

- habillement, souvent rigoureusement en noir avec peu de détails colorés, écharpes et chapeaux curieux;

- ne jamais réciter en criant, ni trop dramatiser (j'utilise rarement le microphone);

- réduire au minimum la gestualité;

- être proche, très proche des auditeurs;

 

L'espace du spectacle occupe une surface de 4,00 x 2,00 m.

 

Tous les objets de scène, tous les morceaux de musique, ont une histoire à raconter, y compris celle du narrateur.

 

L'artiste de rue devrait faire spectacle avec peu d'objets afin qu'il puisse se déplacer facilement et réduire au minimum les investissements pour ce qui concerne le matériel.

 

Il n'est pas toujours possible de respecter cette condition vu le volume et le prix des cartons perforés et des affiches.

 

 

2b FORME ET PHASES DU SPECTACLE

 

L'orgue de Barbarie réveille toujours la curiosité des gens parce que, on le rencontre rarement. Beaucoup de gens ne l'ont jamais vu ou ignorent son existence. L'orgue est déjà un spectacle !

 

En tournant la manivelle je joue des morceaux de musique que les gens reconnaissent.

 

Je fixe d'une manière intentionnelle ceux qui passent, je capture leur regard lorsqu'ils sont encore loin. Quelquefois, je fais un geste de salut ou de rappel. Les gens arrivent, s'arrêtent, regardent pleins de curiosité. Ils veulent voir l'objet qui émet un son si particulier et me tournent autour.

Ils demandent des explications sur son fonctionnement … et alors je profite de raconter l'histoire de la musique mécanique.

 

D'autres, qui observent la scène et, remarquant l'intérêt de ceux qui écoutent, à  s'approchent à leur tour sans peur.

Je salue toujours le dernier arrivé et résume pour lui ce que je viens de dire aux autres, mais j'ajoute chaque fois quelque chose de neuf afin de retenir la curiosité des premiers arrivés.

 

Puis, je joue un nouveau morceau de musique et le mets en relation avec une affiche. Je raconte et j'ajoute à l'histoire des éléments autobiographiques : je m'offre au public. Ça, c'est certainement une nouveauté !

 

Un petit cercle se forme, c'est déjà une alternative à la séparation des rapports virtuels et à la communication hurlée, si diffus aujourd'hui.

 

Chaque histoire est précédée d'un préambule ou d'un passage musical par lequel, je rejoins le centre rapidement le cœur de l'événement. 

 

La phase centrale du spectacle est le "raconter à manivelle". Ici, il faut éviter les pauses, même quand on change une affiche ou un carton musical. Je parle aussi quand la musique n'a pas de texte (tourner la manivelle est un geste mécanique qui ne demande pas une grande concentration interprétative).

 

Je n'interromps jamais la relation visuelle avec les auditeurs, j'épie leurs expressions, même les plus fugaces pour modifie le langage, les séquences musicales ou narratives. J'improvise.

 

Il y en a pour tous : vieux, fiancés, familles et célibataires. Je leur pose des questions et je réveille en eux des souvenirs. J'établis un lien de familiarité et de confiance. Quelquefois, je dédie une pièce de musique aux amoureux, jeunes ou vieux, et je leur demande de s'approcher.

 

Je les invite à venir jouer, à danser, à se photographier mutuellement, à dédier à leur partner, parents ou enfants, un morceau de musique. Qui sait chanter ou connaît les paroles de la chanson la chante pour le public. Ils s'improvisent acteurs et tourneurs de manivelle. Ils racontent de leur première rencontre, du lieu et de ce qui s'est passé après.  Puis, nous nous saluons comme des collègues de musique, de spectacle, de vie. Nous reconnaissons parce que nous étions amis pour le temps que nous étions rencontrés. L'adieu est la phase finale du spectacle.

 

Alors, je prends le chapeau sur lequel est écrit "MERCI", (mot souligné par la phrase éloquente de Piazza Marino: "si la faim arrive, je mange même celle-ci"), je ne demande jamais rien et je ne vends rien. 40 €, est le montant plus élevée que le public m'a donné pour une journée de travail… Alors la crise économique ne se faisait pas encore sentir…!

 

La musique s'arrête. Je passe entre les gens et je leur offre "la boîte du cœur". Devant chacun, je lève le couvercle et chacun peut choisir un billet avec un aphorisme sur le thème de l'amour. S'il s'agit d'enfants, j'offre des comptines.

 

Puis, chacun emporte donc avec lui un souvenir. Ce n'est pas "se souvenir du conteur", mais celui de l'émotion d'avoir rencontré quelqu'un qui raconte.

 

Et, quand il y a une tribune ou un podium qui sépare?

Il vaut mieux ne pas en utiliser parce que le narrateur doit avoir la possibilité d'y descendre facilement pour s'approcher physiquement du public.

 

Ça,  c'est le spectacle !

 

 

2c  UN SYSTÈME INTÉGRÉ : HISTOIRES, IMAGES, MUSIQUE

 

Au début, je racontais l'histoire "Un Birichino chiamato bambino Gesu", (mon premier spectacle, qui remonte à l'an 2000) C'était un ensemble d'anecdotes des évangiles apocryphes, accompagnés par des morceaux de musiques de Noël (peu habituelles), jazz et musique sacrée. Puis, suivait, "L'Histoire des chansons": celle de la chanson populaire (Donna Lombarda, Cecilia…) et de la chanson italienne (Balocchi e profumi, Oh ma-ma, Albergo a ore, Il pescatore…), puis, celles des conteurs de rue (La barbara ostessa, Mamma perchè non torni…).

 

Avec l'histoire de la "Bête de Gévaudan" j'ai commencé à utiliser une grande scénographie.

- une grande affiche faite à la main, que je composais au fur et mesure que le récit se  développait.

 

Dès mes premières exhibitions apparaît l'importance du rôle de la musique dans le récit. Jamais, je ne l'ai abandonnée : parce qu'elle souligne ou commente toujours avec ironie ou avec pathos les différentes phases du récit. Mais je ne chante pas.

 

Dans mes spectacles successifs, tout se multiplie rapidement, les thématiques narratives prolifèrent, les genres musicaux se diversifient, au point de créer une sorte de connexion neuronale entre histoires, images, et musiques. Cela me permet de passer des unes aux autres sans devoir interrompre le flux narratif.

 

A tout cela il y a une limite : le manque de souplesse des instruments (poids et encombrement) qui empêche d'avoir toujours tout avec soi (200 cartons et une centaine d'affiches à double face).

 

Je dois donc faire un choix précis avant de partir pour une exhibition. Lorsque le récit n'a pas un argument spécifique, je choisis le matériel sur la base de thèmes que, par expérience, je sais émouvants pour le public, cela me permettent de parler d'amour, mariage, maternité, guerre, travail, histoires sanguinaires.

 

 

2c1. QU'EST-CE QUE JE FAIS VOIR, QU'EST-CE QUE JE FAIS ÉCOUTER

 

Les grandes affiches que j'utilise partent de la création du monde et arrivent à l'époque contemporaine : il y a le paradis terrestre, Shéhérazade, la fontaine de l'éternelle jeunesse, les charlatans, Buffalo Bill, la conquête de la lune, l'horrible homicide, la maman affectueuse, Rossini en Côte d'Azur, Léonilde la photographe, les automobiles, le chien équilibriste, le radeau de la Méduse, le cinéma, le travail, les guerres, les délits, les saints, les magiciens…

 

Quant aux cartons perforés, ils comprennent tous les genres musicaux : ils vont de la chanson italienne à la chanson française ; de la musique médiévale au jazz et à la musique sacrée; du mélodrame à la musique de films; de la chanson populaire et de lutte aux chansons enfantines.

 

Puis, il y a les histoires...

 

 

2c2.  RACONTER AVEC LA MANIVELLE

 

Comme je dispose de toute liberté expressive en ce qui concerne le choix des histoires, thèmes, genre musical, images; je définis moi-même les itinéraires   qui traversent les temps historique et créent des contrepoints pour suggérer, aux spectateurs, des relations plus ou moins audacieuses qui unissent et font communiquer, époques, problèmes communs et hommes d'aujourd'hui.

 

Je passe d'un thème à l'autre en parlant rapidement, tout en développant un fil narratif qui retient la curiosité du public.  Cela signifie pour moi "raconter avec la manivelle".

 

Par exemple : je passe de Buffalo Bill à "Arrivent les nôtres", à la petite fille vietnamienne nue et terrorisée, à "Air Mail Special", à l'héros qui se suicide, à "One more kiss…", à "Blade Runner", à "Il y avait une fois l'Amérique", l'émigration italienne", "Don Albertario", "Bava Beccaris", l'homme-automobile", puis,  "Sous-marin jaune", garçon du coin, petit ciao...". Je peux modifier et différencier les déviations, tout dépend de la réaction du public.

 

 

 

3. RELATIONS  ET LIENS

 

3.a CONSTRUIRE LE PONT DU CŒUR

 

Toutes mes histoires commencent et finissent dans le même lieu ! Mais, pas tous les spectateurs s'en rendent compte ! Elles partent du cœur du conteur pour arriver au cœur du spectateur.

 

Lorsqu'on raconte la vie réelle, on construit un roman avec tous ses personnages, ses amours, ses époques, ses environnements, ses événements politiques, sa publicité… Et, naturellement, sa musique.

 

Dans le récit j'insère toujours des éléments de mon vécu. Je parle surtout de "situations" comme : les relations familiales et scolaires, les voisins, les petites amies, le marché (avec ses cris, les sacs de commission, le papier bleu pour le sucre…) magasins, objets (lampes de la salle à manger, moulin à café…) jeux de basse-cour, lectures, l'école, programmes et personnages de la radio et de la télévision, les luttes, les nouvelles, et tout autre détail de mémoire (bruit du tram, odeur de la route mouillée, scènes de film…).

 

L'histoire devient une association d'idées, d'images, bruits, souvenirs d'enfance et de l'âge adulte, de nouvelles que l'on ma raconté. Cela me permet de faire de longues digressions sans pour autant perdre le fil du récit.

 

C'est l'irruption du passé dans le présent et vice-versa, lieux et époques s'entrecroisent.

 

Il est évident, qu'entre toutes les images mnémoniques offertes, il y en a, au moins une qui est en commun avec chaque auditeur, qui lui dit quelque chose et fait affleurer en lui une émotion… mon vécu et le récit établissent un pont entre "cœurs", entre le vécu et l'histoire, entre le vécu de celui qui écoute et le vécu du narrateur. L'unité se forme quand chacun arrive à trouver dans l'histoire une émotion personnelle.

Par exemple, le vilain petit canard noir avec la coque d'œuf cassée pour chapeau est irrésistible ! Ou encore, l'enfant qui, à l'aéroport, enfile un macaroni dans la poche de son père.

 

 

3b. SAUVER LE TRAUMATISME

 

Les mass média racontent de tout et, pour impressionner le public, ils gonflent même les petites nouvelles comme un feuilleton, suivi d'innombrables épisodes. Victimes, assassins, mandataires et public se réunissent gaiement dans une triste ronde : à la fin tous se "retrouvent à terre" satisfaits et oublieux de la nouvelle originaire.  

 

La nouvelle ne traumatise plus personne, n'émotionne plus, ne fait plus penser. N'importe quoi est accepté, tout est bon comme un dessert mangé en première soirée ou une camomille bue à fin de soirée.

 

Plus personne ne s'indigne, tous disent : "il suffit que mes affaires et celles de ma famille aillent bien, du reste on s'en fout."

 

Le système est sauve, que tout continue comme avant… ou mieux, plus nombreuses sont les nouvelles, plus grand est le spectacle.

 

Je ne veux pas faire l'anesthésiste.

 

Depuis toujours, le conteur a exercé une fonction de critique de la société.

Tantôt, on le considérait comme un provocateur à cause de son succès de public; les textes des "Bänkelsänger" allemands étaient soumis à la censure préventive, à la réquisition et souvent on interdisait l'exhibition artistique.

 

En Italie, en 2000, est arrivée une chose semblable à Franco Trincale, parce que, une de ses ballades avait comme protagoniste un Président du Conseil des Ministres très discuté ; heureusement que la solidarité publique a fait prévaloir le droit à l'expression !

 

 

3c. UN DIVERTISSEMENT DIFFÉRENT

 

Je ne raconte peu d'histoires comiques, au plus : "La Création", "Amour sur la Colline", "Lettre au Directeur", "Oh ma-ma", "Ramoneur", "Les commandements de maman", "En avant et en arrière"…

 

Mon activité est en perte, mais à l'avantage d'être libre. Je ne dois plaire à personne, qu'il s'agisse du public ou des organisateurs de spectacle.

 

Cela me permet de me soustraire à ceux qui forcement "doivent amuser les gens" et offrir "une occasion d'évasion des problèmes quotidiens" (un collègue de rue me l'a dit).

 

Moi aussi j'essaye de "distraire le public de la réalité quotidienne", mais je ne l'ignore pas, je ne la cache pas ou, pire encore, je ne la supprime pas pour quelques heures pour me retrouver, à fin spectacle, déprimé par un sens d'impuissance parce que incapable d'être un sujet actif du changement, parce que prisonnier du système.

 

La plupart des histoires que je raconte sont liées à la réalité sociale : ce sont des micro récits qui parlent de familles, de conflits intérieurs, de misères psychologiques, de frustrations existentielles, de précarité, d'esclavage; puis il y a une macro histoire de la planète qui meurt entre sursauts de guerre et finance. Je parle de l'humanité souffrante, histoires, qui se transforment toujours en tragédies individuelles et collectives dévastatrices.

 

Mais, ces histoires ont souvent aussi une "fin heureuse", quelquefois cachée. Mais qui veut la voir, peut la trouver … Presque toujours.

 

Dans le spectateur, ces histoires font naître en lui le désir de vouloir changer le monde afin de le rendre plus humain. Dans un monde comme ça, comme on s'y trouverait bien…

 

Elles font naître en lui le désir de devenir acteur protagoniste. Co-auteur e co-régiste du "plus grand spectacle du monde"…

 

 

 

4. HISTOIRES

 

4.a LES HISTOIRES VRAIES ?

 

Les histoires que je raconte sont vraies ou inventées ?

 

Même les plus invraisemblables et fantastiques ne sont jamais tout à fait « inventées ». La plupart du temps, je raconte des histoires réelles et documentées.

 

Histoires quotidiennes, tirées de la chronique noire et des événements politiques, mais, il y a aussi des extraits de pièces littéraires, puis, je raconte aussi des choses autobiographiques : tout apparaît si vrai que qui écoute croit être le protagoniste principal de l'histoire.

 

Ce sont toujours des histoires qui racontent de la vie des hommes et semblent toujours étonnamment nouvelles, même si on les écoute souvent elles n'ennuient jamais parce elles nous rappellent nôtre vie quotidienne.

 

 

4b. HISTOIRES  (PRESQUE) SEMBLABLES A CELLES DU NEORÉALISME

 

Avec un peu d'orgueil je pourrais dire que mes histoires rappellent un peu celles du néoréalisme parce que, (même celles qui, apparemment, semblent plus proches de la chronique noire, comme exige la tradition des conteurs de rue) elles affrontent les problèmes sociaux, les exigences de liberté, les besoins de justice, l'affirmation des droits, les aspirations pour le futur, les besoins d'émancipation, le changement.

 

Histoires de héros en chair et en os et grandes passions civiles, supérieurs à l'humain, ils résistent aux difficultés et ne renoncent jamais à agir…

 

Sont-ce de nouveaux paladins ?

Oui, parce que, valeureux jusqu'au sacrifice extrême, ils défendent et affirment un idéal, la dignité et les droits. Ce sont des personnages qui ont des aspirations et s'opposent à ceux qui veulent vider leur cœur de toute espérance.

A bien écouter, même les histoires d'ordre social ne parlent que de questions qui regardent les problèmes intérieurs, "l'être" de la personne.

 

Qui sont les protagonistes de "Cara moglie, di nuovo ti scrivo?"

Une foule de héros ordinaires : des émigrants sans toit, des orphelins de guerre, des prêtres emprisonnés, des paysans, des ouvriers, des repiqueuses de riz courageuses, des industriels sans scrupules, des enfants violés et exploités, des accusés injustement, des drogués, des personnes en fugue, des gens qui hurlent, des gens qui meurent, des gens qui aiment et désirent être aimés… il s'agit surtout de gens qui vivent,  qui se battent sans arrêt contre les dragons contemporains, en premier lieu pour se libérer eux-mêmes.

 

Et si les dragons disparaissaient ?  Que Dieu le veuille !

 

L’histoire d’un romancier vaut plus que celle d’un historien,

Parce qu'elle est plus réelle et puis parce qu’elle est plus amusante.

 

(A. Dumas « Le page du duc de Savoie »)

 

 

4c.  LE CHAMBARDEMENT DES PAROLES NUES

 

Lors de fêtes populaires, foires commerciales et même aux festivals de musique mécanique, un conteur de ce type est un élément gênant et perturbateur.

 

Les organisateurs veulent un public ricaneur, insouciant et gaspilleur.

Tout comme à la maison, où on laisse allumés, Radio et Télévision, sans les écouter ou voir, simplement pour remplir "l'horreur du silence".  La même chose se passe dans ces manifestations, musique et chansons vont bien… mais les paroles nues, c'est autre chose. La parole interroge. Pis est un conteur qui établit une rencontre du troisième type.

 

 

4.d. LES JEUX NE SONT JAMAIS FAITS

 

Les histoires ont toujours un rôle précis à jouer, celui d'être l'instrument pour interpréter le monde. Aussi bien celui de Pinocchio que celui de Bush.

 

Les miennes ont l'ambition d'offrir au spectateur un point de vue en plus pour observer et interpréter le monde et soi même. Pour découvrir que les jeux ne sont jamais faits définitivement, qu'il y a toujours encore une possibilité: peut-être pas pour devenir riche, fameux et puissant, mais simplement pour "être"… ce n'est pas une petite chose.

Et, dans certains cas, pour les méchants, elles n'offrent aucune possibilité.

 

Je raconte pour "trouver une raison de vie" en plus.

 

 

4.e. AVEC UN REGARD AFFECTUEUX

 

Il s'agit de petits apports et de petits regards affectueux sur le monde et nous-mêmes. Pour essayer de mettre en discussion "l'hégémonie" du monde globalisé qui juge et condamne, gouvernements et individus, qui refusent de s'homologuer et se soumettre au "veau d'or".

 

Ce sont de petites histoires, où, comme dans un miroir, chacun est protagoniste.

C'est une petite magie narrative.

 

Souvent il suffit d'un petit détail descriptif pour que l'identification se réalise : un abat-jour, un sac de commissions, un objet de cuisine, un modèle de voiture, les paroles d'une chanson, une situation familiale…  et  affleurent distinctement des  souvenirs personnels. C'est le miracle de la madeleine de Proust qui se répète.

 

Ces récits offrent une occasion pour jeter un petit regard affectueux sur des événements de notre vie, moments surmontés et desquels nous sommes sortis sains et saufs : un peu comme des héros qui ont surmonté, peurs, sens de culpabilité et défaillances, mais en même temps ont aussi fait des rencontres inoubliables, éprouvé des passions violentes, prisons et libération, blessures encore douloureuses.

 

Lorsque cela se produit, le narrateur s'en aperçoit. Il le comprend de l'intensité du regard du spectateur. Il se rend compte que l'émotion le travaille frénétiquement pour qu'il puisse comprendre, reconsidérer, accepter, accueillir, se réconcilier… bref, il se produit quelque chose qui fait que l'on se sent mieux. Ce sont de petits instants, mais, ils persistent toujours.

 

Ici, entrent en jeu les émotions et donc le choix du narrateur : musiques et histoires, images et paroles, manière de les dire, ton, volume, rythme, pauses, gestes, expressions… le tout sans attitudes mélodramatiques ou bouffonnerie.

 

Souvent quelque spectateur retourne en arrière pour me raconter l'émotion qu'il a éprouvée : c'est une rétribution qui vaut plus qu'une pièce d'or.

 

L'ironie atténue les tons et le spectateur est libre de regarder autre chose.

Mais, y a des gens qui abandonne l'assemblement ?

Oui, certainement il y en a qui s'en vont.

Et chi sont-ils?

Par exemple, ce sont ceux qui, bien que n'étant pas aveugles, portent des lunettes noire même la nuit:  ceux, qui veulent être sourds!

 

 

 

5. COMPLICITE'

 

5a.  LES HISTOIRES SANGUINAIRES

 

Histoires, paroles, images et musique sont les instruments de la fiction (le psychologue Lacan aurait dit, "le signifiant") qui, pénétrant dans le profond (où se conserve "le signifié" aurait peut-être ajouté Lacan), réveillent dans le spectateur les émotions.

 

Le public est plus fasciné par les histoires de meurtres et les tragédies que par les histoires et chansons gaies (humoristiques) ou même la Comédie (Shakespeare en savait quelque chose!)

 

Les histoires cruelles, qui ont des protagonistes fictifs, donnent, à qui les écoute,  l'impression d'être moins seul, moins prédestiné ("pourquoi, juste à moi?").

 

Dans ces histoires, cruelles et pleines de sang, le narrateur, jour un rôle parfait, il offre aux spectateurs l'opportunité de vivre leurs passions agressives, jusque-là contrôlées et refoulées avec grande fatigue. On tue, on se venge, on déteste, naturellement, au niveau imaginaire, on n'agit pas directement : au contraire, on confirme ses propres comportements ("oui, tout est en ordre") parce que nous sommes capables de contrôler notre côté obscur.

 

En exagérant un peu, on pourrait attribuer à nos petites performances le même rôle libérateur des tragédies grecques qui permettaient aux spectateurs de vivre leur agressivité d'une manière inoffensive et à fin spectacle,  déchargés de toute tension.

 

Dans ces histoires, l'ingrédient " impressionnant " est le sang. Considéré comme  don vital de Dieu, il a, dans les rites sacrificiels, une fonction expiatoire et ainsi je le traite dans les narrations. "La ballata dell'orribile sospetto" en est un exemple. Cette histoire renvoie d'une manière fantaisiste à un événement de chronique noire qui avait, particulièrement, frappé l'opinion publique parce que, entre victime et meurtrière (mère-fils) existait un lien réciproque.

 

 

5.b. "L'AUTRE" AU-DELA' DE L'APPARENCE

 

Dans le jeu de complicité entre narrateur et public, il est fondamental que, pour,  que l'histoire soit efficace,  le conteur se la raconte lui-même, il doit en être émotionné au point qu'il décide d'aller au-delà de l'événement raconté pour trouver son sens profond et découvrir "L'Autre" qu'elle contient certainement.

 

Le conteur deviendra ainsi le "passeur" qui conduira le public au-delà de l'apparence, dans un lieu  où il est possible découvrir "l'Autre Chose". Le public restera enchanté et étonné de voir l'invisible (pas nécessairement la vérité), et n'oubliera plus cette émotion.

 

Pour illuminer "l'autre" je me sers aussi d'histoires très connues et consumées, mais, j'essaye toujours de faire découvrir "l'Autre Chose" qu'elles contiennent : je me réfère aux histoires comme "La Belva di via San Gregorio" et "Saponificatrice".  Dans le passé, le conteur se limitait à réveiller le sentiment d'horreur, de piété pour les victimes innocentes, de condamne morale avant la même qu'arrivait la condamne pénale pour l'amant cruel ou l'avide meurtrière.

 

Comment raconter ça d'une autre manière ?

 

Pour trouver "l'Autre" au-delà du sang il faut d'abord découvrir les "blessures" profondes de Rina Fort et jeter une lumière sur les cauchemars nocturnes de la Cianciulli.

 

Oh, bien sûr ! ça ne justifie certainement rien ! Mais cela aide à comprendre le complexisme des horreurs que le quotidien nous propose.

 

Cela demande beaucoup de travail ! Par exemple, pour préparer "Fleur noire pour Hollywood", mettre ensemble les détails de la vie d'une jeune fille et comprendre le sens des mutilations qu'elle a subi, il m'a fallu travailler trois ans. Seulement après cette longue recherche, j'ai pu construire l'histoire, composer l'image, sélectionner et monter les séquences d'images pour la vidéo projection, choisir les musiques pour l'orgue de barbarie.

 

"La Bête de Gévaudan" (Prix "Manivelle d'or" au Festival International de Les Gets), m'a demandé deux ans de recherche; et pour "La balade de l'horrible soupçon",  2° Prix au Concours National des Conteurs de rue "Giovanna Daffini", cinq ans.

 

Je crois qu'aller au-delà de l'événement représente le défi plus important lancé aux conteurs de rue contemporains.

 

En pratiquant le chemin de "l'Outre" on fait tant de rencontres: racines et mémoires, attention et écoute intérieure, émotion et voisinage avec les protagonistes des événements racontés.

 

 

5c. LE JEU DE LA COMPLICITÉ

 

En suivant ce parcours s'établit, entre le narrateur et le public une complicité qui va au-delà de la distribution de plaisanteries, blagues et clins d'œil quand on chante des vers à double sens.

 

Dans le choix de mes histoires, images et musiques, il y a mon imaginaire, mes obsessions comme celles des spectateurs.

 

Ce sont des signes expressifs d'événements : rencontres, émotions fortes qui m'ont frappé, troublé, fasciné, parce que liées à mes peurs, mes défaillances, mes plaisirs, joies, curiosités… et de celles-ci ont une valence symbolique et métaphorique.

 

Si l'on fait un bon choix chacun du petit public y trouvera quelque chose qui le regarde, qui le troublera, qui retiendra son regard ou, plutôt, l'attention visuelle et  auditive et, peut-être il s'arrêtera à écouter.

 

Citons : La mère assassine, Le prisonnier, La femme séductrice, L'enfant dans le liquide amniotique, Auberge à heures, La vie en rose, La funambule du cirque…

 

 

 

6. LES FIGURES

 

6a DES AFFICHES SUGGESTIVES

 

Les 100 affiches sont déjà un spectacle. Elles mesurent 1,50x1,00 m., sont en couleur et à double face.

 

Contrairement aux affiches des Moritaten allemands ou des affiches siciliennes les miennes ne présentent pas une succession d'images descriptives de l'événement que je raconte ; presque toutes se composent d'une seule image.

 

Les images sont fixes et ne fuient pas le regard de ceux qui les observent, contrairement à ce qui arrive à celles de la télévision ou comme quand on  feuillette une revue. Ce ne sont pas des œuvres de peinture naïve, d point de vue esthétique elles sont plutôt  pathétiques bien que quelles aient été peintes avec grande bonne volonté pour les rendre naturelles.

 

Ce sont des affiches de l'époque où la reproduction technique de l'œuvre d'art était possible. Ce sont des affiches précieuses parce qu'elles sont les témoins d'élaborations originales ou des copies de peintures, graphiques, photographies, d'artistes anciens ou contemporains.

 

Ces images sont peu connues et surprenantes, mais, il en a aussi d'autres que l'on peut voir sur les quotidiens, les livres, etc.  Elles font affleurer les souvenirs mais les émotions suscitées sont neuves.

 

Images suggestives qui stimulent la fantaisie symbolique. Chacune fait résonner quelque chose dans l'observateur et lui offre l'opportunité de l'interpréter à sa manière.

Cela vaut surtout pour ceux qui ne veulent pas seulement regarder, mais veulent aussi "comprendre".

 

 

6.b. DES IMAGES DE TAROTS

 

Comme les tarots médiévaux mes images reflètent les figures du monde.

Il y a des hommes, des femmes, des animaux, des machines, des simples et des puissants, des laïcs et des religieux. Elles ne signifient pas seulement ce qu'elles représentent mais, aussi "l'Autre Chose" que l'histoire va faire découvrir.

 

Les images que je choisis sont des archétypes capables de réveiller la mémoire irrationnelle enfouie dans notre monde intérieur. Ce sont les instincts primaires que nous tentons de dominer, de tenir cachés, mais qui sont pleins de vie et s'agitent dans le profond. Les grandes affiches les expriment symboliquement et cela inquiète.

 

Les grandes images ont un cœur secret qui fait sursauter qui les regarde. C'est un peu comme si on se voyait pour la première fois dans un miroir : un instant mais foudroyant !  On y retrouve la vie et la mort, l'innocence et la perversion.

 

Par exemple : la faim, la peur, la jalousie, l'agressivité, la territorialité, le dragon, le cyclope, la dame et le chevalier, la cage à lions, la papesse, le radeau des naufragés, la marche, le charlatan, le bac…

 

Si on pourrait les exposer toutes ensemble on construirait un labyrinthe ou une forêt dans laquelle,  qui aurait le courage de s'y perdre, pourrait trouver la lumière pour  son chemin et peut-être arriverait à se retrouver. Errant dans cette forêt de figures, librement associées, il percevrait les trames invisibles et verrait s'ouvrir une multitude de possibilités qui lui permettraient d'interpréter le sens des événements et de les placer dans un contexte plus vaste. Il verrait les situations, s'interrogerait, trouverait des indications… mais, jamais des  réponses.

 

Ces images offrent une opportunité pour descendre dans la profondeur de l'âme afin de mieux comprendre les situations présentes et passées. Un voyage aventureux, un chemin de croix, une fouille archéologique, une exploration visionnaire, prophétique.

 

Les grandes affiches atteignent le maximum de force expressive lorsqu'elles sont exposées en grand nombre, accidentellement, les unes à côté de l'autre, quelquefois déroulés parterre, à la manière des tarots. Le sens des figures se combine, s'exalte ou s'atténue.

 

On peut donc penser que le conteur n'est plus nécessaire ?

 

Comme les tarots ont besoin de l'astrologue, les affiches ont besoin d'un médiateur pour aider le public à découvrir le mystère. Il doit préparer le public à l'écoute, à sentir ce que les images expriment et sentir ce que l'histoire  susurre. Et, pour chacun c'est une histoire différente.

 

Une histoire plus longue que l'Histoire.

 

Par exemple, cela est arrivé à Les Gets, en 2006, avec la performance "Cinema Memoria", alors là il s'agissait simplement d'images de films.

 

 

6b1.  LE KAMISHIBAI

 

Le Kamishibai, le petit théâtre japonais pour enfants, se déplaçait de village en village. Le conteur le fixait sur le porte-bagages d'une bicyclette ou d'une motocyclette. C'était une cassette en bois, semblable à un sac d’école. Posée verticalement sur le porte-bagages, elle s’ouvrait frontalement pour se transformer en petite scène de théâtre où l'on faisait glisser de petits cartons rectangulaires avec le dessin les personnages et les lieux de l'histoire racontée.

 

Les histoires étaient brèves et les images peu nombreuses.

 

Parfois, le conteur s'accompagnait aussi d' instruments à percussion, (une sorte de petits gongs), montés sur la bicyclette.

 

Pour gagner quelques sous, il vendait aux enfants de petites friandises (semblables aux bonbons à lécher) qu'ils mangeaient durant le spectacle.

 

Le kami (papier) shibai (théâtre) était très populaire entre 1920 et 1950: puis est arrivée la télévision, mais encore aujourd'hui on l'utilise dans l'enseignement.

 

 

6b1a. DES ANIMAUX COMME DES ENFANTS

 

Vu les petites dimensions du Kamishibai, le public doit être peu nombreux. Parce qu'il faut avoir la possibilité de se réunir autour du petit théâtre et du narrateur : 10-12 enfants et quelques adultes.

 

Il est important créer de bonnes conditions d'attention et d'écoute et favoriser une atmosphère magique : pour le faire, les lieux les plus indiqués doivent être contenus et protégés des bruits, par exemple, les librairies, les bibliothèques, les salles de classe, les maisons privées, les angles de jardin, les petits pavillons…  tous sont assis et créent le voisinage physique et il est possible réciter à mi-voix, assis au milieu des enfants.

 

Souvent, pour former une structure unique, le petit théâtre est posé directement sur l'orgue de Barbarie.

 

En Europe, on en rencontre peu, moins encore en Italie : il s’agit donc d’une nouvelle expérience qui lie la figure universelle du conteur à la tradition européenne et orientale.

 

Le conteur raconte des histoires pour enfants et les protagonistes sont des animaux. Mais, il s'agit d'animaux spéciaux : ils éprouvent les mêmes angoisses, la même solitude, les mêmes peurs, la même difficulté de vivre des petits spectateurs.

 

Par exemple : Lucette, le vers luisant, raconte aux enfants qu'elle veut porter la lumière à un enfant abandonné, de nom "Flamette", afin que renaisse en lui le désir de vivre. Elle raconte des histoires de petits oursons qui se perdent alors qu'ils sont à la recherche de leur grand-père défunt, de chiens équilibristes qui souffrent la solitude, de grenouilles égoïstes…   Même les parents sont conquis par les histoires et écoutent les belles métaphores.

 

 

 

7. RÔLE (SOCIAL ?) DU CONTEUR

 

7a. Le conteur comme animateur pédagogique

 

Le petit public qui s'arrête écoute des histoires et des musiques qui ont un contenu qui regarde la réalité quotidienne. Même, les histoires tirées de l'ancienne culture populaire sont réadaptées à la réalité contemporaine pour modifier la "morale de la fable".

 

Par exemple: aujourd'hui "L'infanticide" pourrait utiliser les contraceptifs ou à la limite jouir de la loi sur l'avortement; "Donna Lombarda" invoquer celle du  divorce; les conscrits qui une fois chantaient "Se Vittorio" pourraient recourir à celle qui abolit le service militaire obligatoire…

 

Les histoires aident à récupérer la mémoire et le sens des paroles : dans les histoires celui qui tue est appelé assassin, celui qui vole, voleur, celui qui dupe, charlatan, chi fait feu sur le peuple, méchants; les grandes foules qui réclament leurs droits, les bons. La paix ne règne pas avec la guerre, mais avec l'égalité et la justice sociale… si le roi est nu, qui ose le lui dire.

 

Je ne sais pas si le rôle du conteur de rue est celui de "l'animateur pédagogique", mais moi je le fais comme ça. Grand-mère, maman, Esope, La Fontaine, le Christ, Salgari, m'ont tous raconté une histoire à fin pédagogique. De même, celles des veillées dans les écuries avaient la même intention.

 

L'élément pédagogique s'exprime par la parole et le voisinage, avec des manières et les contenus qui affrontent le manque d'éducation à l'attention et à l'écoute, le refoulement de la mémoire, le silence intérieur, le manque de culture civique.

 

 

7a1.  PRATIQUER LE REFUS

 

Bien que le terme de conteur de rue sent d'ancien (mais, Corrado Augias, Carlo Lucarelli ne sont-ce pas aussi des conteurs ?!), comme l'orgue à manivelle, beaucoup de pièces de musique et beaucoup d'images, je refuse de rester fidèle à un modèle de conteur qui correspond au passé, à une culture, à des goûts du public, à des langages expressifs et contestes sociaux, technologiquement dépassés.

 

Je refuse d'être la "figure" d'une autre époque, presque un mort vivant. Un automate en costume au service d'un instrument qui veut échapper au rôle "d'instrument" qui lui avait permis de conquérir la notoriété en acceptant celui de "champion de vétusté" d'un passé mort.

 

Je refuse le rôle d'instrument de la nostalgie.

 

Je refuse de faire le Cicéron  au cimetière des mânes, dans le monde où l'on vivait mal, (fatigue, exploitation, liberté limitée, soumission de la femme, accès limité à la culture et aux informations, discriminations sociales…)

 

Je refuse d'être celui qui accepte de présenter un folklore conservateur.

 

En Italie, dans le secteur de la musique mécanique, se passent des choses peut-être explicables (mais que l'on ne peut justifier) entre les intérêts des imprésarios, des collectionneurs, des restaurateurs de vieux orgues et constructeurs de copies modernes de ces derniers.

Il arrive  que des manifestations qui ont l'intention d'honorer la mémoire d'un vieil artisanat, nient le droit de présence à des instruments de musique mécanique technologiquement évolués, ceux qui se servent de l'électronique et qui sont des chef-d'œuvre de l'évolution du travail artisanal.

 

Il y a même qui met en discussion les répertoires postérieurs à l'époque d'or de la musique mécanique (fin '800 début '900).

 

Mais, n'y a-t-il pas de la place et un marché pour tous, comme il en existe pour les "vieilles voitures", il doit en exister aussi pour les "vieux orgues".

 

Ce sont, en tout cas, des comportements contradictoires et anti-historiques qui risquent de reléguer les manifestations, les artistes, les compositeurs et la potentialité des instruments dans un folklore pittoresque.

 

L'histoire de la musique, (et donc aussi celle de la musique mécanique), est tout un parcours évolutif et intuitif. Les changements des instruments et des sons sont dus à l'intuition et à l'expérimentation, à la projection technologique, à la recherche de nouveaux matériaux, (Lodovico Gavioli, en est un exemple !) sans compter la production de nouvelles mélodies et l'application des chansonniers pour apprendre de nouvelles chansons et de nouveaux styles.

"Dans ces temps-là", que tant on veut évoquer avec amour et reconnaissance, les innovations auraient été accueillies avec curiosité, intérêt et enthousiasme!

 

 

7b. BARBARIE ET MAGIE NOIRE DE LA NOSTALGIE

 

Qui écoute l'orgue de Barbarie perçoit un vieux son (non, non vieux, "ancien"!). Mais, justement ce son est capable de déclencher la nostalgie dans l'auditeur et avec elle, réveille la mélancolie-dépression-abandon-délegation-résignation… à preuve de cette affirmation il faut lire les textes des chansons italiennes, grondantes de pathétisme et qui ont toutes comme protagonistes les orgues de barbarie et les pianos mécaniques.

 

Il est vrai, la "nostalgie est traîtresse". Lorsque nous regardons avec mélancolie au passé, la nostalgie, nous envahit et nous murmure, "le passé, c'est passé" ou pire encore, "Ah ! Les beaux temps d'antan" (et nous poussons un grand soupir en arquant les sourcils).

 

Là, est le piège qu'elle nous tend ! La magie noire de la nostalgie !

 

Le poète grec Seféris dit: "La mémoire fait mal là ou on la touche…".

 

"Regretter le passé", signifie souvent que nous aimerions simplement retrouver notre visage sans rides, vivre une vie où l'on prend soin de nous, nous rappeler les regrets d'un amour perdu, un rôle que l'on ne reconnaît plus…

 

Voilà ce que sont "les beaux temps d'antan" !

 

Mais, en même temps, cela signifie aussi refuser les changements, se résigner et dire : "de toute façon on ne peut rien y changer", et l'on se contente que "aussi longtemps que le bateau va, laissons-le aller".

 

Alors on devient la proie de l'apathie, le péché mortel plus diffus de l'Occident contemporain. Cela nous fait aussi renoncer à la dignité.

 

Puis, il y a ceux, probablement inconscients, qui, au rythme de marches, jupes pesantes, uniformes, chansons dialectales, processions, ridiculisation de ceux qui sont un peu différents, proverbes sur les "femmes et bœufs de ton pays", se servent de la magie noire de la nostalgie à des fins politiques de nature conservative…  (le film Cabaret traite parfaitement ce thème).

 

Cela est d'autant plus périlleux si l'on considère que l'orgue de barbarie était la colonne sonore d'un temps , alors qu'il y avait des rois, des empereurs des dictateurs, des échafauds et des camps de concentration, des guerres mondiales : bien entendu, le tout raconté et stigmatisé par les conteurs de rue !

 

 

7c. LA "BONNE" NOSTALGIE

 

Il faut les paroles afin que la "bonne magie" de la nostalgie s'avère (magique ! Peut-être….)

 

J'aime penser que mes expérimentations se rangent dans la longue vague du folklore progressiste des années '60-'70, où l'on proposait les chanson de la protestation politique et de la revendication des droit civils, où les auteurs-compositeurs-interprètes proliféraient.

 

Cette musique fait partie de mon répertoire. Oui, je re-propose cette musique mais surtout, je re-propose les paroles (quelque fois ne pas savoir chanter aide).

 

Je ne présente pas seulement des textes engagés mais aussi ceux de Sanremo ou même des chansonnettes. Quelquefois, je recours à l'ironie et à la critique sur les changements intervenus (ou ceux qui n'ont pas eu lieu) grâce aux conquêtes (ou non conquêtes) des lois sur le travail, l'avortement, le divorce, le droit de famille, le droit à la culture. Promulguées à faveur des masses qui, de résignées et soumises, se sont rebellées et émancipées, ou tout au moins, se sont reconnus comme des sujets qui ont des droits.

 

Par exemple, les textes sont : Cara moglie, El pover Luisin, Gorizia, Il feroce Bava, Aprite le finestre, l'Infanticida, La Locomotiva, Albergo a ore, Bibbidi bobbidi bu, Mamma mammina, Le fiè'd Carmagnola, Moonlight serenade, Yellow submarine, Il terzo uomo, On the sunny side of the street, We shall over come, Blowin'in the wind, De colores....

 

La puissance des histoires est de toujours raconter la dynamique entre les conditions collectives et les conditionnements individuels, sa réverbération sur les dynamiques familiales, son influence sur les choix personnels, ou vice-versa, sa capacité d'orienter les points de vue et déchaîner les pulsions.

 

Écouter les histoires aide à trouver un sens aux choses.

 

Voilà ! Avec ces musiques et ces paroles on rejoint la "bonne" nostalgie.

Chacun, en repensant à son propre parcours de vie, rencontrera les obstacles et les contraintes qui l'ont blessé, ou bien fait du bien, enfin, ces choses qui procurent contrainte, souffrance, frustration et mortifications, ou au contraire, libération, joie de vivre et joie d'être en compagnie.

 

Non, en arrière on ne tourne plus. Mais tout n'est pas perdu !

Il est vrai, le "temps ou les jeux ne sont pas encore faits" est encore possible.

 

Toutefois, en rencontrant ces blessures on désire aussi que toute cette souffrance ne se répète plus, non seulement pour nous mais pour tous les hommes !

 

Martin Luther King disait : "J'ai fait un rêve…"

 

J'oblige la nostalgie à montrer son trésor précieux ! Je la contrains a transformer sa force centripète (qui porte l'homme à se fermer comme un hérisson dans une léthargie silencieuse) en énergie centrifuge pour encourager les hommes vers le mouvement et l'action, afin qu'ils construisent en coopérative des temps nouveaux, et réaliser les désirs de libération, d'indépendance, de véritable autonomie de choix de son propre parcours de vie, de dignité et d'orgueil individuel et collectif. Sauvant en même temps les désirs profonds qui ont illuminé le parcours de générations entières, en marche vers la libération de la douleur de vivre, de la dispersion dans l'oubli et la suffocation produite par l'homologation au monde globalisé.

 

"Libera nos a malo" nostalgie, et alors, bienvenue nostalgie !

 

Par exemple, chaque époque a eu ses propres aspirations, ses propres fables : les arrière-grands-pères espéraient l'Italie Unie, les grands-pères croyaient dans le progrès, leurs enfants dans l'aisance : et pour chaque espoir ils produisaient des images, des chansons, des histoires.  Leurs descendants ne savent pas encore ce qu'ils devront espérer, mais, leur désir sera trouver suffisamment d'eau, oxygène et volonté de faire, pour survivre…

 

Reconstruire et projeter un désir de vie, un désir de résurrection et non seulement exhumer le mort pour végéter passivement.

 

On a rêvé et opéré au cours de la vie: personne plus que chacun.  

 

"Rêver c'est désirer " dit la chanson de "Cendrillon": donc il ne faut jamais cesser de désirer. Parce que, le désir produit énergie, volonté de faire et porte à entreprendre les actions pour le satisfaire.

 

Nous sommes notre meilleure source d'énergie !

 

En plus, il y a le geste de celui qui joue de l'orgue de Barbarie.

Sa main qui empoigne la "manivelle", le geste du bras qui tourne, tourne, tourne la manivelle : nous sommes ceux qui font l'Histoire, nous la construisons  avec nos mains.

 

 

7d. CHAMAN ? PEUT-ÊTRE SEULEMENT IMPOSTEUR

 

Le petit public écoute, on raconte, on tourne la manivelle, on entrevoit quelque chose de bon en soi.

 

Lorsque, conteur et public se saluent, (comme déjà dit, je salue chacun individuellement en offrant un petit souvenir en papier), tous deux, se sentent un peu mieux.

 

Le petit nombre de spectateurs (ici, avoir un petit public est important !) vivent certainement une expérience un  peu spéciale, particulière. Une expérience où l'élément magique se trouve dans la capacité du conteur de gérer les éléments de séparation-union-distance-voisinage-extranéité-intimité.

 

"Vous n'êtes pas des chantres, mais des enchanteurs !"

"Vous êtes des guérisseurs."

"Vous faites des miracles."

 

Non, n'exagérons pas ! Disons plutôt : nous sommes des artistes qui créent de petites relations, petites et brèves, mais qui font du bien (seulement un tout petit peu). Cela parce que le climat relationnel que l'on ressent dans l'espace du conteur, représente une petite expérience alternative "d'être". Le miracle, c'est ça !

 

J'aime plutôt penser aux moines de Cerreto, près de Spoleto, qui en l'an 400 avaient obtenu l'autorisation papale pour pouvoir quêter par le monde, en échange de l'obole, ils offraient quelques herbes médicamenteuses, une bénédiction, une prière, une caresse sur la tête : outre au corps, ils pensaient aussi à l'âme. (Puis, sont arrivés les charlatans, mais ça c'est une autre histoire!).

 

Il y a seulement deux choses qui durent dans le temps

et que nous pouvons donner à nos enfants.

La première : les "racines".

La deuxième :  les "ailes"

 

Hodding Carter (1907-1974)

 

Ce que nous cherchons vraiment : c'est pouvoir recommencer et effacer de notre vie les obstacles ou les contraintes qui nous ont fait souffrir…

 

 

 

entre

 

ENTRE  NOUVEAUTÉ  ET  TRADITION:

LE  CONTEUR  DE  RUE

COMME  "INTERPRÈTE"  DU  MONDE

 

de Lucette LAFONTAINE

 

(Lucette Lafontaine, psychologue, originaire de Costigliole d'Asti – Italie, vit et travaille en France. Epouse très affairée avec un mari photographe itinérant et mère de quatre enfants très créatifs.

Depuis quelques années, trouve aussi le temps de travailler avec Giangili. Elle aussi raconte des histoires et joue l'orgue de barbarie.)

 

 

LA NARRATION COMME "TRADUCTION DU MONDE"

 

Aujourd'hui, le conteur de rue est-il nécessaire?

 

A différence de hier, les gens accèdent à une grande masse d'informations et, apparemment, le conteur de rue est devenu inutile. Mais, est-ce vraiment ainsi!

Il est vrai, aujourd'hui, les gens sont bombardés et submergés par un grand nombre d'événements et informations. Ils passent d'un événement à l'autre sans avoir le temps de les approfondir, ou bien, on ne le leur donne pas ou bien eux ne veulent le prendre, ou pour poser le regard sur les réactions émotives que ces événements  leur provoquent.

La plupart du temps, ils les subissent et y adhèrent sans sens critique, acceptent les modèles de comportement et les interprétations que les médias proposent au moyen d'un martèlement incessant. Les gens ne se demandent plus: comment  dois-je y réagir,  comment faut-il  interpréter ce monde?

 

Notre manière de raconter n'est pas une contre critique à cet état de choses : il y a bien d'autre.

Nos histoires, images et musiques, provoquent dans l'auditeur un défoulement : dans nos histoires il retrouve les mémoires et les émotions que la hâte quotidienne a écrasé ou éteint … Mais, pourquoi donc?

Parce que, notre narration est un ensemble "histoire-musique-atmosphère" appelé "Triptyque", (métaphoriquement on peut le comparer à un trépied qui aide l'auditeur à interpréter le conteste qui l'entoure et le facilite à s'y situer), crée inconsciemment une enveloppe particulière qui permet de comprendre l'environnement, parce que, le conteur met en paroles l'inexprimable des émotions.

 

Tous étaient une fois nouveaux-nés. Tous ont connu le désarroi devant la  difficulté de comprendre, non seulement ce qui nous entoure, mais aussi nous-même. Tous ont eu besoin, pour survivre, de quelqu'un qui lui traduise les réalités intérieures et extérieures.

Nos parents, ou tout autre personne qui a pris soin de nous, ont joué ce rôle de traducteur. Eux, ont parlé avec nous, ils ne nous ont pas seulement élevés.

Bien avant d'acquérir la conscience des choses, sens, parole, parler, tons, et rythmes nous ont enveloppé comme une caisse de résonance. Cela nous a aidé non seulement à nous libérer de l'enveloppe amniotique, mais aussi, une fois nés, à retrouver, tons et rythmes que nous connaissions déjà.

Ce langage inconscient, représente le premier pont jeté vers la compréhension de la réalité extérieure et intérieure. Les "traductions" comme: ("tu pleures parce que tu as faim", "tu souris parce que tu es content", "ce que tu vois là-haut c'est la lune", cette chose froide que tu touches, c'est la neige", ceci est le feu, ça brûle", etc. etc.) nous ont aidé à survivre et à nous adapter au monde sans en être vaincus.

 

Lorsque les gens entrent dans notre espace de spectacle, y viennent s'y asseoir pour écouter, ils décident qu'ils peuvent s'autoriser à ouvrir sans risques une parenthèse régressive : "seulement les enfants écoutent les histoires, mais, aujourd'hui, je décide que c'est moi qui le fais".

Ici, entre en jeu le "triptyque-trépied", c'est lui qui crée une sorte d'espace transactionnel, c'est-à-dire, un espace où l'on jette un pont entre la réalité intérieure et extérieure, où l'on offre aux adultes la possibilité de faire émerger des vécus archaïques au niveau de la réalité psychique.

L'émersion de cette émotion réprimée, à cause de sa connotation régressive, pourrait aussi faire un peu peur, est autorisée par le sentiment de sûreté et de stabilité que procure ce "tripode-trépied".

Raconter, quelquefois au-delà du contenu, fait renaître en nous l'enfant que nous étions, l'enfant attentif au nom des émotions.

 

 

LA MUSIQUE: L'ORGUE COME EVOCATEUR D'EMOTIONS

 

Arrêtons-nous un moment sur la musique et sur l'orgue.

Pour moi, l'orgue de Barbarie joue un rôle important dans la création de l'atmosphère et nous facilite la rencontre avec les gens.

 

L'orgue de Barbarie touche les cordes de l'âme.

Je me suis demandé, pourquoi ? J'ai cherché de trouver une explication et j'aimerais partager avec vous mes pensées.

Je ne suis pas la seule qui se pose cette question. Philippe Rouillet, expert de musique mécanique, cite une chanson de Léo Ferré qui parle de la musique d'un orgue de Barbarie qui réunit autour de lui un groupe de personnes, émues jusqu'aux larmes… Il ne donne pas d'autres explications, mais il me donne une information utile pour comprendre ce phénomène : "la mécanique spécifique des orgues et des cartons perforés crée un son où le rythme domine la mélodie … Le publique de l'orgue de Barbarie est plus sensible au rythme bien déterminé de la musique plutôt qu'à la perfection de la mélodie … les tambours et les cylindres de l'orgue créent une base rythmique très précise …".

 

À quoi renvoie, sur le plan psychique, cette rythmicité si précise et répétitive ?

Nous supposons que le son typique de l'orgue de Barbarie nous renvoie à un vécu très archaïque, un vécu qui se situe bien avant notre naissance.

Lorsque le fœtus rejoint une certaine maturité neurologique, - (disons ainsi, lorsque la maman sent les premiers mouvements de l'enfant qu'elle porte dans son sein et qu'elle commence à se rend compte que ceux-ci ne sont pas fortuits, mais répondent à des situations particulières, comme caresses sur le ventre ou toute autre émotion de la mère) -, avant même d'avoir des réactions plus élaborées, il sent les sons rythmiques : les pulsations du cœur et le rythme de la respiration de la mère.

C'est sa première perception du monde. Rythmes réguliers qui accompagnent, ou mieux, sont à la base de sa première vie mentale : sa première pensée est temps et rythme.

On ne peut pas encore parler "d'émotions", celles-ci arriveront plus tard. Il s'agit de perceptions qui l'aident à se sentir vivre, c'est la vie de sa mère mais aussi la sienne. Cette intense symbiose lui laissera, tout au long de sa vie, un sens de regret et le poussera, nouveau-né puis adulte, à toujours la rechercher.

 

Ces perceptions répétitives ont aussi un côté rassurant que les parents reproduisent d'une manière inconsciente après sa naissance, en le berçant ou en le serrant étroitement dans les bras. Là, le nouveau-né sent à nouveau ces cœurs battre et le rythme des pas de sa mère. Rythmicité qui l'aide à gérer ses angoisses, à s'endormir, à se consoler, à réduire les angoisses de la vie.

Ces soins parentaux l'aideront à vivre non seulement du point de vue biologique, mais aussi à s'ouvrir à la vie psychique, afin qu'il puisse passer, du stade des perceptions et sensations, à l'élaboration des émotions et conquérir ainsi l'humanité qui est en lui. Cette conquête l'aidera à ne pas être simplement un mammifère envahi de besoins, mais un être capable d'éprouver des désirs.

Nous pensons que la rythmicité des orgues de Barbarie renvoie à ce type de vécus archaïques, inconscients, éprouvés avant la naissance et au cours de la première enfance.

 

Revenons à une autre image sonore.

Les notes musicales de l'orgue, -  presque séparées par une petite pause entre une perforation et l'autre -, ressemblent aux pulsations du cœur du fœtus quand on l'écoute du moniteur : il y a comme un souffle entre une pulsation et l'autre.

On peut penser que le fœtus "sent" ou même "écoute" de la même façon les pulsations cardiaques de sa mère.

Les tziganes savent ces choses depuis longtemps, bien avant que les psychologues et psychanalystes y aient pensé, c'est pourquoi ils jouent leur musique, au cours des trois derniers mois de grossesse et les trois qui suivent l'accouchement, près du ventre de la mère pour que le fœtus puis nouveau-né s'imprègne de rythmes.

Une autre caractéristique du son de l'orgue de Barbarie est celle de ressembler à une sorte de "balbutiement" toujours sur le point de se bloquer, un peu comme, quand, avec grande fatigue,  le petit enfant commence à parler.

Aussi la mélodie des orgues de Barbarie, surtout parce que un peu monocorde, semble nous envelopper comme le placenta et nous renvoie à un temps heureux où les besoins n'existaient pas.

Certainement et surtout à cause de cela, les orgues de Barbarie touchent les cordes de l'âme : nous en sommes enveloppés comme dans une caisse de résonance rythmique, mélodique et rassurante qui nous rappelle le lieu où nous avons vécu avant de naître, mais que nous avons dû quitter et qui nous manque.

A la même manière, cette caisse de résonance basée sur le rythme, peut nous renvoyer aux premiers moments de notre petite enfance, lorsque les paroles n'étaient encore pas comprises mais que nous étions déjà sensibles au son, au rythme. Phrases répétées, susurrées avec amour, pour consoler nos larmes, ou, rythme d'une berceuse chantée a voix basse pour nous endormir, ou rythme de pas de danse lorsque, tenus étroitement dans les bras, on nous berçait. Ici, il faut souligner le caractère onomatopéique des berceuses ou comptines, toutes ont un propre rythme répétitif : on peut affirmer que si les musiques pour orgues auraient été écrites en paroles, elles auraient toutes un caractère onomatopéique.

 

Lorsque les adultes sentent le son de l'orgue de Barbarie ce sont les cordes de l'âme de l'enfant qui est en eux qui vibrent.

Ces rythmes circulaires nous rappellent aussi les étourdissements des fêtes de campagne, les carrousels, les rencontres avec les magiciens qui nous étonnaient, les cracheurs de feu, les Gelsomine et Zampanò de mémoire fellinienne, avec, toujours sur le fond, la musique des orgues de Barbarie. Le son de l'orgue de Barbarie se revêt donc aussi d'une image de fête, quelque chose d'intense qui finit.

La musique de l'orgue touche les cordes de l'âme de l'enfant qui s'est conservé en nous, un enfant un peu mélancolique mais rassuré parce que, cet enveloppement s'articule sur la prévisibilité des rythmes.

Parlons-nous de la nostalgie si chère à un certain type de folklore ? Non, nous parlons de la nostalgie de notre enfance, mais non de la nostalgie des beaux temps d'antan.

 

 

L'ATMOSPHÈRE : L'ESPACE DU CONTEUR DE RUE COME MAISON ACCUEILLANTE,
ET ANTIDOTE À LA HÂTE QUOTIDIENNE

 

L'atmosphère est crée par le contenu de l'histoire, par la musique qui l'accompagne, mais aussi les effets visuels ont une grande importance :  panneaux ou images proposées avec le kamishibai, bouquets de fleurs, petite lampes lumineuses empruntées à Fellini, bulles de savon; à quoi s'ajoute la grande attention aux personnes, aussi bien adultes qu'enfants.

Depuis peu, nous avons compris l'importance que revêt l'espace où se déroule l'action. La nécessité de le délimiter d'une manière ou d'une autre avec des petits tapis, une grande toile posée par terre, des bancs. Nos panneaux représentent les murs de notre maison accueillante où nous invitons le public à enter.

Il s'agit d'une forme de délimitation plus symbolique que réelle, c'est plutôt une invitation à l'intimité qui est importante aussi pour les spectacles de rue.

Cette année, en Savoie, nous avions suffisamment d'espace pour y placer une table et des chaises et faire sentir les personnes comme si elles étaient chez eux en notre compagnie.

 

Les images ont leur part parce que, à différence de celles du téléjournal, elles sont immobiles. On s'y arrête devant pour y déchiffrer ce qu'il y a d'AUTRE en elles. Nous supposons que lorsque les gens se lèvent pour s'en aller, ils sont un peu plus adultes de ce qu'ils étaient à leur arrivée.

Oui, en effet, quelquefois nous sommes un peu "pédagogues", non tellement pour proposer des vérités immuables, mais plutôt parce que nous proposons  des interrogatifs.

 

Quand je dis que nous sommes très attentifs aux personnes, j'entends dire que nous prenons grand soin d'elles, pour les aider à exprimer plus facilement leur état d'âme. Oui, nous sommes un peu "maternels" parce que nous prenons soin des gens.

Encore une fois, j'ai la tentation de retourner sur le plan psychologique et tenter une dernière analogie.

Winnicott, un psychanalyste anglais, nous explique que lorsque les parents parlent au nouveau-né,  - je dis : "ils lui traduisent le monde d'une manière très appropriée" -, ils donnent en effet, à l'enfant, la réponse qu'il attendait e l'enfant à son tour pense que lui l'a crée et tout content il s'en étonne : il a trouvé et crée.

J'affirme cela parce que, quelquefois, en parlant avec les personnes nous observons que les mêmes petites choses se réalisent: en écoutant nos histoires ils retrouvent en eux des souvenirs oubliées, des souvenirs restés muets à cause du temps qui passe ou enfouies à cause de notre hâte quotidienne.  Ils s'étonnent de les retrouver.

Lorsque nous arrivons à susciter l'étonnement, lorsque l'étonnement peut se lire sur leurs visages, alors nous sommes sûrs de rencontrer les personnes et il nous semble qu'ils n'attendaient d'autre que d'être rencontrés.

J'espère qu'on ne nous accusera pas "d'infantiliser" notre public, il ne s'agit absolument pas de cela : nous cherchons d'expliquer théoriquement une manière particulière de raconter et de rencontrer les autres.

 

 

CONCLUSION : LE CONTEUR DE RUE COMME AIDE À L'ÉMERSION DE L'INEXPRIMABLE

 

Toutes les idées que j'ai présentées jusqu'à maintenant ne sont pas des certitudes mais on ne peut pas non plus les classer comme simples métaphores.  C'est une tentative d'hypothèse pour essayer de comprendre ce qui se passe dans l'âme de notre publique au cours de notre narration et chercher à comprendre à quoi cela sert.

Pour nous, la chose plus importante est réaliser une rencontre délicate et profonde avec le public.

 

En conclusion, je vous raconte quelques-unes de nos expériences pour mieux mettre en lumière d'où naissent les racines de nos hypothèses un peu théoriques.

Nous avons participé au festival à Les Gets, en Savoie. Le thème proposé était: "L'image". Nous avons présenté un "triptyque-trépied" constitué de 40 panneaux représentant 40 affiches de films, 40 colonnes sonores joués par l'orgue de Barbarie, 40 histoires, non seulement des films, mais des émotions que ces films avaient produit en nous.

 

L'espace était délimité par les panneaux suspendus à un câble de 30 mètres. Il y avait des bancs, une table, des chaises. Sur la table, un jeu de cartes avec les photos des acteurs des films, cartes spécialement faites pour l'occasion, et une boîte de pellicule pleine des billets avec des maximes à offrir au public.

Les gens venaient et choisissaient de nous rencontrer sur le thème d'un film. Nous, nous mettions à jouer avec l'orgue la colonne sonore ou nous la faisions jouer directement par l'auditeur, pour provoquer l'échange  des émotions, entre eux et nous.

Une dame s'est présentée trois fois et trois fois a choisi le film "La Strada". Elle ne s'éloignait plus.

Elle me disait : "Je suis émue, mais je ne sais plus pourquoi … Qu'est-ce qui se passe dans le film ?".

Alors, nous nous sommes mises à parler de Gelsomina, de Zampanò, de la mort de Gelsomina, des larmes de Zampanò à la fin du film. Je lui ai dit que Gelsomina ne mourait pas seulement à cause de la méchanceté de Zampanò, mais aussi parce que sa mère l'avait vendue. Moi aussi, je me posais la question suivante, quel est la douleur qui fait que Zampanò est aussi méchant, non seulement envers les autres, mais aussi vers lui-même ?

Ce n'était pas l'histoire du film, c'était l'histoire de mon vécu avec le film. Cette histoire a permis à cette dame de mettre en paroles ses propres émotions.

J'oubliais, le titre de notre performance était: "A la recherche du souvenir perdu", une paraphrase de l'œuvre Proust "A la recherche du Temps perdu".

 

Les histoires pour enfants que nous racontons au moyen du kamishibai, ont toujours un contenu qui s'adresse aussi aux adultes où bien se prêtent à faire parler entre eux adultes et enfants.

Il y a l'histoire d'un chien de cirque qui souffre de solitude. Une belle histoire qui permet des traductions infinies. Il y a celle de l'ourson qui a perdu son grand-père, ou celle des trois sœurs grenouilles qui ne font autre que de se chamailler.

Mort, solitude, conflits. Panneaux pour parler de la guerre, de Résistances et Libération, d'homicides, d'abandons et retrouvailles. Oui, dans nos histoires il y a le quotidien. Ce ne sont pas de belles fables avec le final " tous heureux et contents". Justement cela permet de rencontrer les gens peut-être parce que nous nous rencontrons déjà avec nous-mêmes.

 

À y repenser, tout cela est un peu banal. Tous les arts traduisent le monde : la poésie, la peinture, le cinéma, etc. etc.

L'art au moyen de la sublimation tire vers le haut, nous, avec nos histoires  tirons en arrière, vers l'archaïque, vers l'enfant qui est en nous et c'est peut-être cela qui nous fait faire ensemble quelques pas en avant pour mieux nous connaître.

Alors, peut-être, nous aussi sommes un peu artistes ? Bien sûr, on ne nous a pas encore invités à Paris ou à l'Olympia, ni à Bercy, mais … des gens à rencontrer il y en a partout.